A propos, en amont, en aval de (ou sans trop de rapport avec)"Jodi, toute la nuit", un roman de Didier de Lannoy
JODI, LE BROL
Le blog de Jodi ("Jodi le blog") est devenu, depuis janvier 2011, une lettre d'information: Jodi le brol*
Lettre d'information
Didier de Lannoy
2011
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Découvreur et montreur de chemins tortueux
In Koli Jean Bofane
auteur de 
Mathématiques congolaises
tortueuses et fascinantes
nous balance à présent* une nouvelle
intitulée
The Crooked Path
dans laquelle il nous raconte
en illustration d'une photo de Jeff Wall (exposition au Bozar jusqu'au 11 septembre 2011)
comment la terre-mère elle-même se réveille, se révolte et finit par l'emporter sur toute forme de colonisation humaine
Je
- En attendant qu'le putain d'Pygmée de Fossoyeur Jones continue d'grandir !
ddl
alias Vié ba Diamba
* Une première version du texte a paru dans Le Soir des samedi 11, dimanche 132 ert lundi 13 juin 2011
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Crooked path
Il est certain que je gagne du terrain et que je n’ai guère rencontré de résistance jusqu’ici. Il me faut, à tout prix, recouvrer la suprématie qui était la mienne. Je ne voulais pas en arriver là mais il a encore fallu que je me manifeste de manière brutale ; mettre en branle quelques plaques tectoniques, faire appel à l’œil du cyclone, libérer les grandes cataractes afin que la victoire – et je la veux totale – puisse, enfin, m’appartenir. Et il n’aura fallu qu’une nuit pour cela.
J’ai revêtu ma pelisse de guerre, celle qui me rend invisible, qui est d’un vert soutenu. Sur mon dos, je porte une trace claire, celle du chemin qui mène à la lumière. Pourtant, je n’ai vu aucune femme inspirée, aucun homme sage l’emprunter :
— C’est un chemin glissant, on ne sera jamais riche ! Mpe bomengo ekokima biso, le bonheur risque de nous fuir ! Avaient-ils proclamé, tous en chœur.
Pourtant, j’étais prêt à tout leur offrir : le couvert, le gîte, jusqu’à la tombe qui devrait renfermer leurs misérables corps. J’ai été bafoué, ils se sont ri de moi. On m’a évalué à la poussière qui me recouvre, à la boue de mes ornières. C’est vrai que j’ai été tolérant au-delà du supportable. J’aurais dû garder en moi, uranium, cobalt et autre colombo-tantalite. A cause de ces substances, l’homme s’est cru plus puissant que moi-même, parce que, d’un souffle, il a pu éradiquer son ennemi et d’un éclair, a transmis ses messages d’amour à travers l’éther. Le prix de cet orgueil, c’est moi qui ai dû l’acquitter. Pour ma survie, il m’a fallu réagir et vite, avant qu’il ne soit trop tard ; en une nuit et la moitié d’un jour, si possible.
J’aurais pu être tout, pour eux. Je leur ai tracé des chemins de gloire, des sentiers pavés de bonnes intentions et, même, des voies sans détours. Dans mes flancs, j’ai ouvert des fleuves de cristal, déployé des canopées en guise de dais et des sommets ont été érigés pour contempler le monde mais cela n’a pas suffit, ils ont, sans répit, creusé mes entrailles pour en faire jaillir des richesses minérales.
Lorsque je me couvre de ma toison verte, traversée du chemin de la rédemption, plus rien ne peux m’atteindre surtout pas les cris de miséricorde. Les lamentations ne me parviennent plus, je suis, ainsi caparaçonné, sans merci. La nuit s’est dissipée, me voilà tapi-là, attendant mon heure. Avant que le soleil n’atteigne son apogée, ces bâtiments qui se profilent au loin, ces véhicules pareils à des cloportes, toute cette arrogance, dans quelques instants, ne sera plus. Au point où nous en sommes, l’homme et moi, je n’ai plus de scrupules à avoir et peux me permettre de me délecter à l’avance de cette ville qui ne se doute encore de rien, vivant, en fait, ses instants ultimes. Elle se pâme, elle s’étend, arrogante, se croyant à l’abri, comme se pavanaient, jadis, d’autres de ses sœurs : Pompéi, Angkor, Fukushima ou Gbadolite. Elle est la dernière parmi ces sortes d’entités à encore subsister et la soi-disant paix qui la baigne en ce moment sera bientôt submergée par mon courroux et l’obscurité sans appel de la forêt.
In Koli Jean Bofane
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