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A propos, en amont, en aval de (ou sans trop de rapport avec)"Jodi, toute la nuit", un roman de Didier de Lannoy

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La littérature-monde


La Littérature-monde, comment je vois ça ?

(article diffusé sur le blog de Jodi le 26 août 2009)

 


Internationalisme, melting-pot, stoemp, potée, standardisation, globalisation américaine, mise aux normes, insertion obligatoire dans l'économie mondiale, alignement des têtes, uniformisation républicaine, hananisation des Ouïgours et des Tibétains, castillanisation du Pays basque*, conversion forcée au Christianisme ou à l'Islam, bâtardise, mixité, hybridation, reproduction, métissage, mésalliance, moutonnerie, piraterie, filouterie, grivèlerie, rapine, racket, arnaque, brigandage, vampirisme, plagiat, détournement, contrefaçon, régression, badinage, vagabondage sexuel, hermaphrodisme, cosmopolitisme, multiculturalisme, universalité, interculturalisme,  oecuménisme, unanimisme, consensualité, communion,  communication, solidarités interculturelles, fructueux échanges, interaction, enrichissement mutuel, ouverture d'esprit, tolérance, humanisme, acculturation, accoutumation, assimilation, intégration, étêtage, nivellement, suicide collectif, destruction, domination, dépossession, dévastation, trahison, schizophrénie, perversité ?

 


Etait-il légitime de monter le "Marchand de Venise" à Mbanza Mboma en 1964/1965 (Anastase Nzeza, Jean Makunga et moi) et de présenter Shylock comme un héros "lumumbiste", défenseur de son peuple  ?

Un Bulanko peut-il aujourd'hui se revendiquer de l’école congolaise de la tchatche et de l’écriture ?

 

Je vais procéder à l'envers... et commencer par dire ce à quoi, à mon avis, la littérature-monde ne devrait pas ressembler :

à la littérature des "voyageurs"... à sens unique... et prédatrice...

à la "littérature" des explorateurs, missionnaires, mercenaires, coloniaux, coopérants et experts, journalistes, touristes en mal d'exotisme et de "sensations fortes", plagistes, surfeurs, bourlingueurs, trafiquants d'armes et de minerais rares, importateurs et transitaires, dealers et blanchisseurs, développeurs, orpailleurs, vedettes en déclin ayant "rendez-vous en terre inconnue", anthropologues en quête de "terrain", protecteurs de la "nature" et des espèces menacées, sauveurs de la planète, intervenants humanitaires oeuvrant dans les "quartiers défavorisés", croisés, coalisés, brigands, pèlerins, défenseurs des droits de l'homme "chez les autres", chercheurs de femmes voilées (pour  nos couvents), d'épouses-esclaves (pour nos campagnes) et de nouveaux talents

-  Saartje Baartman invitée à se produire sur nos meilleurs scènes !
à exhiber dans nos foires et sur nos marchés, présentateurs et "salariés" (tentatrices siliconées et tentateurs boucanés, prétendus "rescapés" d'un naufrage ou d'un accident d'avion apprenant à "survivre dans un environnement sauvage", etc...) d'émissions télévisées se déroulant sur une île lointaine, donateurs et bâilleurs de fonds... et autres extraterrestres qui... n'oublient jamais de prendre contact avec les services diplomatiques (consulaires, culturels, commerciaux, policiers, etc) de leur pays, enregistrent, photographient, filment, fichent, prennent des notes, prélèvent des échantillons, expertisent, évaluent,  survolent, jugent, donnent des leçons,profèrent, fustigent, stigmatisent, subventionnent la construction de puits et de latrines dans les villages... et l'enfouissement de déchets toxiques dans des zones agricoles, compatissent, flattent, larbinent, débauchent, corrompent, espionnent, soudoyent, conspirent, convertissent, recrutent, magouillent,  polluent, fricotent,
expliquent aux candidats à l'immigration qu'ils feraient beaucoup mieux de rester chômer chez eux et de mener une vie tranquille  et de crever en famille
- Vous transportez votre grand-père foudroyé par un AVC ou
votre petite-fille déchiquetée par une grenade dans une brouette, oh ! Et vous courez, vous courez, vous courez, vous courez, vous courez, vous courez, vous courez ! Sans même hurler ! Sans injurier personne ! Jusqu'au dispensaire, à l'hôpital, à la morgue ou au cimetière le plus proche ? J'avoue que le spectacle de votre existence pénible me bouleverse profondément ! Je suis particulièrement ébloui par la créativité dont vous faites preuve dans vos malheurs!  Je trouve absolument génial de transformer une brouette de jardinier ou de maçon en civière ou en corbillard ! Que d'ingéniosité mise au service d'une prise en charge écologique des problèmes de la vie et de la mort des gens de tous les jours ! Quelle technologie appropriée !  Chez vous, les porteurs de brouettes (contrairement aux pousseurs de chaises roulantes de chez nous) peuvent continuer de converser avec leurs mourants et les regarder droit dans les yeux... jusqu'au bout ...
Et quelle dignité dans cet échange de regards !  Quelle chaleur humaine partagée, quel esprit de solidarité, quel sens de la famille, quelle qualité de vie ! In-é-ga-la-ble ! On n'a plus ça chez nous !   Il faut absolument que je "témoigne" de ce que j'ai vu ici... et que je fasse partager mon émotion  ! Un excellent sujet pour les chaînes de télévision de la communauté internationale, toujours avides de nouvelles émotions et de sentiments frais  ! Un très bon décor de roman exotique ! Ne regardez pas la caméra ! Oubliez mon carnet de notes ! Je vous aiiiiime !
aux côtés de leurs enfants à l'avenir hypothéqué, achètent (en disputant âprement quelques sous à un shégué) des babioles à un  marché de souvenirs qu'ils qualifient  aussitôt de "marché des voleurs", se risquent (parfois) à goûter la cuisine locale, troussent des fillettes graciles et enculent des gamins boutonneux... et rentrent chez eux, repus, gavés, gorgés, enrichis, engraissés, remplis d'eux-mêmes jusqu'au couvercle, raconter aux "leurs" ce qu'ils ont vu (ou cru voir) chez des "autres"... dont ils ne partagent ni l'histoire ni le destin...

* Ajouterai-je la francophonisation du Vlaams Brabant et de la Vlaamse Kust (un "invasion rampante", "une tache d'huile insidieuse qui ne cesse de s'étendre", se scandalisent les uns) et
- Il y en a pour tous les (mauvais) goûts !

la néerlandophonisation de Bruxelles (une "reconquista linguistica" s'indignent les autres)... la francisation de la Bretagne, de l'Alsace et du beefsteak (devenu le bifteck)... ?

 

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