Pourquoi Jodi toute la nuit est-il (ou elle) "presque un roman"
?
(article
diffusé sur le blog de Jodi le 16/08/2009)
"Presque un roman"... parce que c'est plus et/ou moins qu'un roman ?
Parce que je n'ai jamais écrit de bouquin pour "conduire" des lecteurs quelque part... mais parce que je devais (avouer, cracher, vider mon sac, dénoncer...) les écrire pour
simplement
- En m'empêchant de les écrire (et/ou de les publier ?) on m'aurait refusé le droit de vivre ?
survivre...
Parce que je déteste l'idée de choisir un "sujet" (dans l'air du temps, vendable, etc) et de mener des lecteurs en bateau... et que je ne supporte pas les livres "figuratifs", écrits par des
"faiseurs" emplis de certitudes, des omni-écrivains (auteurs de bluettes, de polars, de livres de cuisine, de recueils de poèmes ou d'évangiles... selon les tendances du marché) qui racontent des
"histoires"
- Où des héros menacèrent, eurent des gloussements (ou des rires terrifiants), objectèrent, s'exclamèrent, murmurèrent, pourvuivirent, démentirent d'une voix rauque, affrontèrent une meute d'hommes
armés et menaçants, hurlèrent, s'évanouirent, disparurent ?
au passé simple (ou à l'imparfait)... à des lecteurs-touristes... qu'ils prennent par la main ou dont ils flèchent le chemin...
Parce que je n'écris pas pour amuser des gens... ni pour leur plaire, ni pour les rendre heureux... mais pour les contraindre, les prendre à contrepied, leur donner le tournis,
les faire tomber de cheval, leur lancer des sorts... Et pour qu'ils ne sortent pas indemne de leur lecture (tout comme moi, je ne sors jamais intact d'aucun de mes textes), qu'ils perdent leurs
marques, leurs évidences...
Parce que je suis ni mac
- Je n'entraîne pas ma propre femme dans une maison close et je ne demande pas à pouvoir la consommer sur place moyennant le paiement d'un droit de bouchon ?
ni Dieu et que je ne joue pas aux dés le sort des gens et que je ne m'amuse pas avec une télécommande (ou un faisceau laser pointé sur une cabine de pilotage) et que je n'éprouve aucun plaisir à
faire se crasher (sur un stade de football ou une barre d'immeubles) un avion qui se trouve en phase d'atterrissage à Charleroi... ou à réactiver l'Etna et à le porter à ébulition... ou à
apparaître en sous-vêtements à une foule de fidèles en liesse (au balcon, sur scène ou dans une grotte) et à leur jeter un bâton de dynamite à la gueule...
Parce que je suis
- Comme une sardine qui se serait échappée de sa boîte ?
un écrivain marron... sans maître, sans grammaire, sans partition, sans cornac, sans normes et sans contrat... chantant faux, sifflant faux, parlant faux, aimant faux, mourant faux et ayant
oublié
- Qu'est-ce que tu nous prépares encore, une soupe de viande ?
la recette de la sauce bolognaise et ne sachant même pas jouer au poker en société... mais adorant
- Tout comme Ana (ma Jodi) qui refuse les choix qu'on lui impose (entre deux maux, deux modèles de chaudière, deux ami(e)s, deux type d'huile pour le moteur, deux sophismes, deux règlements, deux
servitudes) ... et préfère, tout à la fois... donner du maïs aux handicapés... et amener des poules au cinéma ?
traquer les Uniques (parti, langue, enfant, dieu, monnaie, classe, caste, race, etc) et les obliger à se connaître, à échanger et à partager, apprendre aux poissons à marcher sur la tête avec des
chaussons de ballerine, déménager la cave au grenier et installer la salle de bains en sous-sol, peindre les zèbres du Zimbabwe à l'envers, dans le mauvais sens du poil, sur les collines
verdoyantes du Somerset......
Parce que j'écris comme on chasse, comme on pose des collets, comme on prend des risques, comme on dégoupille une grenade et qu'on la lance à l'aventure, sans carte et sans calculs... et que je
rêve d'un roman qui se termine par la mort de son auteur, de ses personnages et de tous
- Sauf quelques surfeurs particulièrement débiles (qui parviendront sans doute à franchir la barre... et se croiront indemnes) !
les lecteurs...
Et parce que je ne permettrai jamais à personne (éditeurs, critiqueurs ou lectionnaires pressés) de m'écraser les couilles entre des cailloux plats...
Et aussi parce que, contrairement aux romanciers boutonnés et cultivés, je nourris (mais sans vraiment y croire, évidemment... je ne veux effrayer personne... et mon seul objectif "financier" est
de ne pas causer la faillite du gaillard qui a eu l'audace ou l'imprudence de m'éditer) un projet littéraire ambitieux et très personnel : gagner plein de de thunes pour pouvoir augmenter le niveau
de consommation et l'empreinte écologique de la famille... remplacer la machine à laver le linge (qui déborde), la bagnole (qui pisse de l'huile et ne prétend plus démarrer en hiver), le séchoir
(qui ne sèche plus), la cuisinière (dont le grill ne fonctionne plus), le grand fauteuil noir du salon (crevé), le boiler (entartré), le sommier de la chambre à coucher conjugale (dont les "creux"
me cassent le dos), le lecteur de cassettes et de CD (qui ne lit plus grand chose), le PC (devenu très lent et qui s'éteint sans prévenir) et aussi, j'allais l'oublier
- Tout s'en va, tout se déglingue, tout me quitte ! Sauf le percolateur ! Lors de son dernier séjour à Bruxelles, Justin Kankwenda Mbaya (alias Shambuuy) nous en a offert un "tout neuf", eh
!
les toilettes du palier (qui coulent)...
Tout ça est un peu confus et
- On ne peut pas demander aux elfes et aux djinns de Bois de Boulogne de chanter le blues (ou de danser le sundama ou le ndombolo) comme Sammy Ben Laden ou Léonard de Vinci !
certainement contradictoire, non ?
Ai-je répondu
- J'en doute ! J'adore répondre sur la planche des toilettes ou à côté de la cuvette ?
- C'est pour ça qu'elle coulent, oh !
à votre question ?