A propos, en amont, en aval de (ou sans trop de rapport avec)"Jodi, toute la nuit", un roman de Didier de Lannoy
Jodi, le blog
Le blog de Jodi ("Jodi le blog") est devenu*, depuis janvier 2011... un « blog littéraire », peut-être ? Meuuuuuunon ! Omona wapi ? Une toute simple, très banale et sans prétention...
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Didier de Lannoy
2012
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A propos du tintinisme (ancien et nouveau) sous toutes ses formes...
et, notamment, de l’ouvrage de David Van Reybrouck : Congo. Une histoire
L'écrivain
André YOKA LYE MUDABA
vient de publier, à Kinshasa
dans Le Potentiel du 9 novembre 2012
un article intitulé
"Benda Bilili" : éloge de la commisération ?
Je
J'ai pu
- Comme un coupeur de routes !
intercepter un exemplaire de "Congo. Une histoire" de David Van Reybrouk qui m'avait été confié, à Bruxelles, pour une amie de Kinshasa (et que
- Nzambe !
je lui remettrai... aussitôt qu'une autre amie me communiquera les coordonnées de la première... et si ça prend du temps, ce n'est pas graaaaaaaaaaave, oh !) et j'ai pu me faire une première idée du bouquin qui, pour l'essentiel, mis à part quelques entretiens (plus ou moins pertinents), consiste en une compilation (on n'apprend RIEN de vraiment neuf sur à peu près tout... sauf, peut-être, sur ce que l'auteur a pu observer et vérifier personnellement : un concert publicitaire de Werrasson à Bumbu, les heurs et les infortunes de Jules Bitulu et de quelques autres membres de la communauté congolaise de Guangzhou, ex-Canton, etc...), souvent alerte et
- Un pagne zoba-zoba versicolore et flamboyant ? Un chef-d'oeuvre de littérature néo-coloniale s'inscrivant dans la ligne (bienveillante, empreinte de "bonne volonté", pleine de "bons sentiments", faisant preuve d' "empathie pour le point de vue local", compassionnelle, etc) de "Jours de brousse. Congo, 1940-1945", le journal de Vladimir Drachoussof, alias V. Souchard ? Un montage habile ou "astucieux" de sources écrites... et de sources orales censées valider les premières et l'interprétation, souvent très personnelle, qui en est faite... avec quelquefois de très grosses ficelles, notamment lorsque l'auteur, à plusieurs reprises, fait mine de se référer à un certain Etienne Nkasi, alias "vieux Nkasi", se déclarant "né en1882" (et mort en 2010... dont on peut supposer que la photo figure en page de couverture de la première édition de l'ouvrage, en langue néerlandaise... et dont le "témoignage" couvrirait, avec une égale pertinence, chacune des différentes époques de l'histoire du Congo moderne, de l'Etat Indépendant du Congo à la République Démocratique du Congo... omona yango wapi, ndeko na ngai ? omona ngai yuma ?) pour valider son récit et/ou légitimer sa démarche ?
plutôt bien enlevée (au plan littéraire), rédigée dans un stylo oral agréable à lire, de différents « travaux » connus (plus ou moins pertinents) que l'auteur-vulgarisateur, très professionnel et maîtrisant son art avec un brio évident, parvient à rendre accessibles à des non-spécialistes. De quoi s'agit-il alors ? D'un reportage dans le temps réalisé (en vue de quel effet et destiné à quel public ? aux frais de quelles "agences" et/ou pour quel "Petit Vingtième et Unième" ?) par un néo-Tintin ? D'un safari historico-politique ou d'une carbonnade à la bière trappiste de Westvletteren ou de Chimay (ou d'un waterzooi ou de « boulets sauce lapin ») destiné à régaler
- Papy et Bompa, oh ! vous nous en aviez caché des choses !
les enfants, petits-enfants (etc), légitimes et illégitimes, reconnus ou non reconnus, des coloniaux: RP Jésuites, soeurs du Sacré-Coeur, missionnaires de Scheut, officiers de la Force Publique chargés de mâter les révoltes populaires, agents territoriaux ayant pour tâche de maintenir l'ordre et de percevoir l'impôt de capitation (devenu ensuite la CPM et dont la fonction principale était de contraindre les paysans à entrer dans l'économie de marché en les obligeant à vendre leur force de travail... pour pouvoir payer l'impôt et éviter ainsi le "bloc" et la chicote) et de veiller à la bonne exécution des "travaux d'ordre éducatif", agronomes contrôlant les "cultures imposées" et commissionnés "juges de police à compétence retreinte" (appelés, à ce titre, à infliger des peines de servitude pénale aux agriculteurs récalcitrants ou défaillants) et
- Ce qui leur permettait de se déplacer avec leurs prisonniers et de les utiliser comme main d'oeuvre servile... Cela se faisait dans les règles, ce n'était plus de l'esclavagisme sauvage comme sous le régime féroce et implacable (voire "terroriste" dans la mesure où il s'agissait de frapper de terreur toute une population : des hommes, des femmes et des enfants) de Léopold II, on respectait la procédure... "Dominer pour servir", tel était, dès 1932, la nouvelle ligne de conduite fixée par le Gouverneur général... Et l'administration de la chicote était, au Congo belge, strictement réglementée !
"gardiens de prison intinérants" et autres "petits personnels" chargés de l'encadrement (endoctrinement et lavage des cerveaux - tâche largement sous-traitée aux missionnaires catholiques, prolétarisation des masses rurales, formation de la main d'oeuvre dont le capitalisme colonial avait besoin, entretien de leur force de travail) et de la surveillance d'une population entièrement mise à la disposition des colons-planteurs et des grandes entreprises minières (médecins, infirmiers, agents sanitaires, enseignants, contremaîtres, commissaires de police, agents de la sûreté...), collectionneurs de papillons "tropicaux" et d'objets d'art "indigène" (statuettes Pende, tapis du Kasaï, etc) et ethnologues mesureurs de crânes... et de ceux qui, depuis 1960, ont continué l' « oeuvre civilisatrice » des anciens chicoteurs : les assistants techniques, coopérants nationaux ou internationaux, spécialistes en "développement", experts en "management by goal" et en "bonne gouvernance", mercenaires, narcotrafiquants, anthropologues et "africanistes" de tout poil (appartenant, parfois, à des chapelles rivales... et se faisant une concurrence effrénée), chercheurs de têtes, dénicheurs de talents et d'artistes (à exhiber dans des fêtes foraines), prospecteurs pétroliers et miniers, débaucheurs de joueurs de foot, envoyés spéciaux, journalistes et photographes "culturels", galeristes et organisateurs de spectacles, diplomates et hommes (ou femmes) politiques "donneurs de leçons", hommes (ou femmes) d'affaires en tous genres, voyageurs de commerce, lobbyistes et commissionnaires, importateurs de "produits de première nécessité", vendeurs d'armes, protecteurs d'espèces menacées, trafiquants de minerais précieux, évangélistes, informateurs, analystes et barbouzes, touristes sexuels et bienfaiteurs humanitaires (maintenant le pays sous perfusion et pouvant faire obstacle à son développement endogène)?
J'ai donc lu, dans l'avion qui me ramenait à Kinshasa, « Congo. Une histoire » de David Van Reybrouck... et je me suis rappelé une phrase de la dernière lettre adressée par Patrice Lumumba à Pauline, son épouse: "L'histoire dira un jour son mot mais ce ne sera pas l'histoire qu'on enseignera aux Nations Unies, Washington, Paris ou Bruxelles, mais celle qu'on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et ses fantoches. L'Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au Nord et au Sud du Sahara, une histoire de gloire et de dignité"
Et cette lecture m'a mis mal à l'aise...
Je m'en expliquerai plus longuement et très bientôt dans une nouvelle dépêche de « Veuveresse ya bomoyi » (cliquez sur:http://veuveresse.blogspot.com/2012/11/bandoki-basili-te-propos-de-david-van.html).
Deux jours plus tard, fort heureusement, j'ai lu un article de André Yoka Lye Mudaba (signé à Paris le 25 octobre 2012 et paru à Kinshasa dans Le Potentiel du 9 novembre) intitulé « Benda Bibili : éloge de la commisération »... qui aborde la question de la légitimité et prône, avec Achille Mbembe, de restituer la parole aux ayants-droits !
Et je me suis senti rassuré...
diffuse
ddl
alias Vié ba Diamba
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« BENDA BILILI » : ELOGE DELA COMMISERATION ?
On devrait se réjouir de la forte promotion autour de l’orchestre kinois « Benda Bilili » constitué majoritairement de musiciens vivant avec handicap, et, en principe , issus de milieux défavorisés de la périphérie de Kinshasa.
On devrait être fier du fait qu’il y a deux ans, au Festival de Cannes, le documentaire réalisé par Renaud Barret et Florent de la Tullaye ait fait parler autrement de la RD.Congo, c’est-à-dire en bien ( l’on sait combien bon nombre de médias étrangers restent passablement tendancieux par rapport à l’Afrique noire).
On devrait se féliciter qu’encore une fois, la musique congolaise moderne, ait malgré tout redoré ses palmes et son image à l’échelle internationale. Le simple fait qu’à travers le monde (principalement en Europe occidentale), non seulement les médias mais aussi les vidéothèques et les librairies fassent des espaces privilégiés aux supports consacrés à « Benda Bilili », est un signe qu’il s’y effectue quelque part un changement de regard et de perspective, un frémissement par rapport à la créativité des artistes kinois. A Kinshasa, toutes les chancelleries ne se pâment que sur « Benda Bilili », même si l’on y écoute ou l’on y danse ses rythmes généralement à contretemps…
On peut constater que, malgré les tournées de plus en plus fréquentes et à prétention professionnelle du groupe musical, on ne note presque pas de fugues de la part de ses jeunes musiciens, signe probable de discipline et de cohésion.
… Tout cela étant dit, il y a quand même quelques bémols et quelques épines à cette couronne de lauriers, et notamment en ce qui concerne les questions d’éthique et d’esthétique. Et d’abord la situation des musiciens : ceux-ci auraient-ils eu autant d’appuis promotionnels s’ils n’étaient pas des personnes vivant avec handicap ? D’autant que ce penchant « humanitaire » fait mode et recette aujourd’hui en Occident. Les films ou reportages à succès comme « Le Rebelle » (film canadien de Kim Nguyen), ou « Congo-River » (du Belge Thierry Michel), « Cimetière » (du Belge Filip De Boeck), le récit « la danse du léopard » de la Hollandaise Lieve Joris, etc. n’ont conquis leurs suffrages élogieux en Europe et aux Amériques que parce qu’ils titillent ce qui reste comme imageries populaires plus ou moins inconscientes là-bas : l’Afrique de la brousse, l’Afrique des ténèbres, l’Afrique de l’« invisible », l’Afrique des superstitions fétichistes, l’Afrique misérabiliste, mais néanmoins toujours Afrique exotique et bon enfant. Même la dernière chronique « Congo, une histoire » (du Hollandais David Van Reybrouck), déjà si célèbre en Europe, n’échappe pas à ces clichés, malgré quelquefois la bonne volonté et les « bons sentiments » de l’auteur. Ces films, reportages ou chroniques apparaissent du coup directement ou indirectement comme des messages messianiques, alternatifs. D’autant que du point de vue de la seule créativité artistique, « Benda Bilili » n’est pas d’une originalité notable. Il existe à Kinshasa des dizaines de groupes musicaux de jeunes des quartiers « en-bas-d’en-bas », pratiquant cette même rumba-ndombolo endiablée, sismique, avec des instruments étonnants parfois faits de bric et de broc et de « récup », et souvent démontrant plus de recherche, d’originalité et de talent artistiques.
Tous comptes faits, « Benda Bilili » a récolté plus de succès en Occident qu’à Kinshasa, à l’exception (ou à cause) des réseaux des chancelleries européennes, comme dit précédemment.
Par ailleurs, le tintamarre fait sur le groupe n’indique pas clairement et en toute transparence les destinations des droits d’auteur et des droits voisins, sans doute parce que l’attraction et les villégiatures payées en Europe en faveur du groupe sont pour lui comme des récompenses suffisantes.
La rumeur kinoise, la fameuse « Radio-trottoir » si populaire et si puissante, annonce d’ores et déjà que les producteurs et les promoteurs de « Benda Bilili », forts de leur succès, avec ce groupe somme toute atypique, dirigeraient désormais leurs regards et leurs prétentions vers une autre expérience « exotique » : la communauté pygmée !
Ce qui est finalement délicat dans le débat (débat jusqu’alors à sens unique à cause du matraquage médiatique univoque) n’est pas tant le succès d’un groupe exfiltré des voies insondables et des critères impondérables du « showbusiness » ; mais l’exploitation non-avouable de l’image misérabiliste plus ou moins inconsciente, plus ou moins tactique, qui est mise en exergue : handicap physique et marginalité sociale. Le nom « Benda Bilili » même (littéralement « attirer, capter l’image ») ne dit-il pas cette velléité d’attirer l’attention et la commisération sur cette vulnérabilité sublimée ?
L’Afrique , et la RD.Congo en particulier, seraient-elles redevenues un autre eldorado anthropologique, un autre type de gisement de recherche et d’exploitation de la part de nouveaux « Tintin au Congo », de nouveaux « Professeur Tournesol », de nouveaux « Conrad » ( « Au cœur des ténèbres »), de nouveaux « Coppola » (« Apocalypse Now »), avec de nouveaux grands et bons sentiments boy-scout ? D’ailleurs, je ne sais plus quel auteur, parmi ceux à succès que nous évoquons ici, a dit que sur dix personnes qui parlent du Congo, neuf en disent du mal, et la dixième qui tente d’en dire du bien , s’en tire mal !
Et pourtant, sur l’autre versant de la vérité, des références positives nous interpellent : les beaux films décapants et toniques de Dieudonné Ngangura, « Kin-Kiesse » ou « La vie est belle », les chroniques et longs métrages à la fois poétiques et pathétiques de Raoul Peck sur Lumumba, le roman essentiel et puissant de Naipaul, « A la courbe du fleuve » ; le reportage sympathique de Mirko Popovitch et Roger Kwamy sur l’artiste Antoine Wendo, le roman de Sony Labou Tansi, « La vie et demie » ou le dernier « polar » de Jo Munga, « Viva Riva » ( quelle que soit sa tonalité « hard » et sulfureuse) ; la part des regards croisés de jeunes talents émergents en musique lors du Festival belgo-congolais YAMBI (2007), l’expérience itinérante du spectacle « Basali ya Zoba » (coproduction K.MU et un groupe d’Amsterdam)…. Et d’autres encore, mais enfouis sous l’amas des « best-sellers » et des « scoops ». il y a là des paradigmes porteurs, à la fois enracinés, contemporains, mais aussi représentatifs et respectueux des valeurs éthiques et esthétiques à la fois locales et universelles.
Devrait-on le redire sans choquer : les partenariats (bilatéraux ou multilatéraux), en termes de productions artistiques devraient donner aussi la bonne part et la parole légitimes aux experts locaux, une manière de « donner-recevoir », une manière de restituer cette parole, comme dit Achille Mbembe, aux « ayants-droits »…
Paris, 25 octobre 2012
Lye M. YOKA
Institut National des Arts de Kinshasa
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(dernière dépêche, diffusée en novembre 2009, du blog de Jodi sous son ancienne forme)
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