A propos, en amont, en aval de (ou sans trop de rapport avec)"Jodi, toute la nuit", un roman de Didier de Lannoy
JODI, LE BROL
Sur Jodi, voir aussi:
http://jodi-book.over-blog.com/
et
http://lacarcasseetlesos.blogspot.com/
Lettre d'information*
Didier de Lannoy
2011
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Voici un texte que Paul Willems m'a adressé par e-mail, ce 2 mars 2011, "en réponse" au cookie
"La terre tremble, le monde bouge et se transforme. Bruxelles aussi"
(cliquez sur:
http://haikookies.blogspot.com/2011/03/le-monde-bouge-tremble-et-se-transforme.html)
Je
- Je peux ? Tu permets ?
- D'accord !
diffuse !
ddl
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Un texte de Paul Willems
On est comme des meubles, des bijoux rangés dans un tiroir, dans un écrin, ou comme des assiettes sales et propres. On nous met là, ou là. On nous porte pendant deux heures et on nous laisse en plan pendant vingt ans. On bafouille tous. Mais on apprend à l'école qu'on est des gens civilisés, intelligents, et on le croit. Du coup, on passe sa vie à regarder tout le monde de haut, sauf les maîtres, les dieux et les Américains, et encore, ça dépend lesquels. Certains d'entre nous sont francophiles jusqu'à la folie. On est tellement à côté de nos pompes qu'on est bruxellois et qu'on ne le sait pas. Tout ce qui n'est pas écrit sur notre journal de classe n'a aucun sens. Et ce qui est écrit dessus a encore moins de sens. Nos mères rédigent des listes de courses à longueur de journée et nos maisons regorgent de victuailles. Nous avons moins d'importance qu'un steak, qu'un poulet. Tous les jours nous repoussons les assauts de racistes qui croient nous aimer en nous disant du mal de toutes les couleurs de l'arc en ciel, du bleu, du rouge, du vert, du jaune, et mêmes des poulets. La moitié des habitants du haut de Forêt et de Saint-Gilles se prennent pour des artistes peintres, les autres sont peintres en bâtiments.
Regarder en l'air, écraser sans les voir des étrons et des mégots est la hantise de tous les gens honnêtes. Les autres promènent leur chien et vous ignorent.
Les écrivains écrivent tout le temps, tout le temps, tout le temps.
On a même des révolutionnaires qui ne circulent ni en vélo, ni à cheval, mais comme tout le monde en bagnole. Ils sont comme tout le monde. Ils sont le bras droit du gouvernement. Avec le roi, ils représentent un des principaux postes de dépense du ministère de l'intérieur. Le rêve de certains révolutionnaires: coûter plus cher au ministre que le roi, dont la protection coûte 12 millions par an. Mais grâce à nous les révolutionnaires, les propriétaires sont certains que le peuple ne bougera jamais, qu'il ne réagira pas, quoi qu'il arrive, qu'ils auront la paix et pourront se moquer des Flamands comme bon leur semble. Les propriétaires flamands, eux, comptent sur nous pour provoquer des troubles qui chasseront les propriétaires francophones de Bruxelles, mais ils sont les premiers à paniquer quand ils voient un drapeau rouge. Ce pourquoi les francophones défilent tous les jours avec des drapeaux rouges.
Du coup, pour riposter, les propriétaires flamands, et même leurs locataires, leurs comptables, leurs domestiques, défilent aussi avec des drapeaux, qui, eux, en général, sont jaunes et rouges, ou jaunes et noirs. Parfois les camionneurs s'y mettent également et ça fait qu'il n'y a plus d'embouteillages parce que les gens sont forcés d'aller à pied. Dans toute cette histoire, seuls le roi et ses ministres essaient de passer inaperçus.
Hier, il y avait du sang dans la cage d'escalier. Dans le bas de Saint-Gilles et de Forest, les braqueurs rentrent chez eux et embrassent leur petite amie sur le palier. A défaut de boulot, braquer des commerçants et des banques, c'est quand même autre chose que toucher le chômage. Ce sont des caïds, pas des ploucs. C'est le seul moyen de se faire respecter. Et puis, tout le monde a à manger. Comme la police ne voulait pas comprendre, la foule a incendié une voiture, et puis le commissariat. Ça n'a heureusement pas fait de victimes, à l'exception d'un truand, mais il était déjà mort depuis longtemps. En vrais professionnels, les prisonniers et les anciens prisonniers, ont commenté l'évènement aux terrasses des cafés. Toute la place a été bouclée. Les journalistes sont contents. Les meubles cherchent leurs bracelets, leurs pendentifs. L'un d'eux a été mis au clou et un gamin s'est acheté une Vespa. Tous crient dans toutes les langues: où est passé mon flouze. Et d'autres: il n'y a toujours pas de gouvernement. Les Espagnols vont à l'église le dimanche et le mardi soir, ce sont les Marocains qui vont à la mosquée. Les artistes marchent le sourire aux lèvres sur une corde raide. Au bistrot, le bébé tête sa jeune maman. Il a une tête pointue. Un chômeur revient d'une fête qui a eu lieu à Ixelles à la place Flagey: une riclème ze strîte. Pendant des heures, des étudiants ont joué de la musique dans la rue. Les voitures ne sont pas arrivées à investir la place où, d'habitude, elles font plus souvent la pluie que le beau temps.
En revanche, à Schaerbeek, la commune a fait abattre les cerisiers.
Ma copine a une mauvaise haleine et je ne sais pas comment le lui dire parce que je l'aime énormément. Cela m'a mis en colère et elle est partie déboussolée voir sa mère à l'hopital. Il suffirait qu'elle boive un peu moins de vin.
Un copain vient de publier un livre. Bravo.
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