Je me permets
- Sans vergogne ?
- Sans vergogne, évidemment ! E bongo ! En espérant même éperonner les lecteurs frileux ou soupçonneux qui n'osent pas, par eux-mêmes, sans capote, aimer ou détester quelque chose ou quelqu'un, oh !
de diffuser, en avant-première, un extrait, consacré à "Jodi, toute la nuit", de la critique littéraire d'André Stas (Stas Academy) que les lecteurs de C4 pourront lire début septembre:
" (...) l'été 2009 nous réservait un pur chef-d'ouvre ! Depuis le Cul de
ma femme mariée, paru il y a quelques années, on attendait impatiemment un
nouvel ovni de DIDIER DE LANNOY. Eh bien, le voici : Jodi, toute la nuit,
publié par Couleur livres, Collection "je" (4, rue Lebeau, 6000 Charleroi).
En quatrième de couverture, Gauthier de Villers nous met l'eau à la bouche :
C'est un livre sur la liberté des opprimés et des hors de compte, leur
liberté par le geste et la parole, dans l'amour, la haine, la révolte, la
violence. Et c'est un livre sur la liberté de l'écriture, qui met la
littérature hors de ses gonds, mais prend le lecteur dans ses rêts. Que
celui qui trouve ailleurs ce style, ce ton, cet univers... le signale à
l'éditeur. Peu de chance que ça arrive, car l'ami DDL malmène (pour notre
plus grand bonheur) la langue comme personne. Son préfacier, In Koli Jean
Bofane, nous prévient : "Les psychologues, philologues et autres philosophes
courront le risque de se casser les dents à l'analyse de Jodi, toute la
nuit. Les chirurgiens des nerfs, le médecin légiste, les spécialistes en
urologie, eux, auront du mal à discerner le rôle exact tenu par les
hémisphères du cerveau, par les ventricules du cour ou les spermatophores
dans l'élaboration de cette narration." Quant à l'auteur lui-même, il
annonce la couleur en exergue du chapitre premier : Ceci est l'histoire de
Jodi. Thriller politico-érotique étatsunien, virtuel et mystique ? Pulp
magazine en noir et blanc, snuff-movie ou BD japonaise ? Avec quelques
noms-clefs. Pour surfer. Sur fond de bière et de whisky, de blues et de
sundama, de hip-hop et de house, de crack et d'ecstasy, de trash music et de
gangsta rap. Entre tout et rien, amour et perversité, clip et farce, puzzle
et jeu de piste, manifeste et mascarade, cuistrerie et piraterie, collage et
façadisme, branlette et muflerie, érotisme juvénile et délinquance sénile,
stéréotypes et chausse-trapes, enchaînements funestes et contradictions
grossières, aphasie et logorrhée, chewing-gum et pied de nez, lieux communs
et faux-semblants, outrance belge et brosse à dent chinoise, désuétude et
prémonition, conte noir et roman de fées, parodie et tragédie, cartoon et
wildlive, strip-tease amateur et apparition mariale. Ces aventures sont
censées se passer à New York City, United States of America mais pourraient
aussi bien être arrivées ailleurs. Disons, pour faire simple, que l'ambiance
délétère de la mégalopole en question est plutôt celle de Gotham City
qu'aucun Batman ne sillonnerait pour la nettoyer. C'est le récit de quelques
heures de la nuit de deux personnes (Jodi, serveuse de bar et Elridge,
chanteur de blues) qui ne se connaissent pas vraiment même si elles bossent
ensemble, quelques nuits par semaine, dans le même rade. Autour d'eux,
gravite toute une faune interlope de paumés, de clodos, de tapineuses
boucanées, de flics-nervis, d'alcoolos ou junkies, de glandeurs ou
fourgueurs, car il existe un "sud" dans tous les pays du monde et, à
l'intérieur de chaque ville, il y a toujours des gens qui habitent "de
l'autre côté du rail", de l'autoroute ou de l'aéroport... dans les mauvais
quartiers (alors que "le capitalisme en crise s'éploie sur tous les
continents comme une pieuvre affamée, avide de sucer et de gober les ultimes
moelles et les humeurs extrêmes"). Le chapitre 5 (opinion d'un PDG) serait à
faire analyser dans tous les établissements d'enseignement. Plus loin, le
monologue de l'héroïne, racontant sa putain de vie à Manya (alias Man), le
voyageur (celui qui vient de quelque part ailleurs), l'en-cas de Jodi pour
une nuit seulement, puis sa description de ce que pourrait être le bonheur
pourraient bien vous secouer de larmes. Il y a du Céline et du Joyce chez
Didier de Lannoy, qui nous balance ici dans les gencives un bouquin qu'on
n'est pas prêt d'oublier et qu'on a d'ailleurs envie de relire tout de suite
une fois digéré le choc de l'anti happy-end.