A propos, en amont, en aval de (ou sans trop de rapport avec)"Jodi, toute la nuit", un roman de Didier de Lannoy
Ici, puis là-bas…
J’en ai marre !
Une phrase qu’on a tous rouspété à un moment de notre vie, quelque soit le coin du globe où l’on s’est trouvé…
J’en ai mais marre.
Les extraterrestres nous répondraient que c’est normal pour nous les humains, on n’est jamais contents, jamais satisfaits et heureusement pour nous, sinon on garderait les pieds dans des pantoufles en se limant les ongles.
Il n’y aurait alors jamais eu des tour Eiffel, Atomium, et tous ces autres tas de ferrailles jolies qui attirent même les martiens.
Ici, le silence, la neige.
Là-bas, le bruit, la pluie.
Ici, les enfants rois et arbitres, les supermarchés.
Là-bas, des enfants grands, des grands marchés.
Ici, des familles monoparentales, des églises vendues aux enchères.
Là-bas, des familles nombreuses, étendues , tentaculaires, des églises bondées et bruyantes.
Ici, j’ai la tête vide. Dehors il fait beau, et pourtant, j’ai froid. Le temps s’enfonce hors de la présence kinoise, c’est dans son absence qu’il défile. Cette présence par le vide coule goutte à goutte, transformant le désir en un manque glacial.
Je te parle d’un sacré lieu.
Là-bas, on s’apprête à aller voter, on raconte que nous allons tous brûler, que tout le monde s’en fout, que c’est la fin du monde et qu’il faut des catastrophes, beaucoup de catastrophes– comme des élections africaines- pour que les gens commencent à s’inquiéter un peu, à croire un peu.
Ici, les nuits passent.
Là-bas, les cauchemars s’intensifient.
Ici, les clochards ronflent.
Là-bas, les enfants crient.
Et le suffrage, ce sera du lourd vu la trempe des candidats présidentiables! Deux tonnes au bas mot,voire deux tonnes et demi si on choisit les injures plus petites. Il ne s’agit pas d’une plaisanterie mais du chiffre brut, pour ne pas dire grossier, du poids que pèseraient en kilos les millions d’insultes, jurons et propagandes de la cagnotte des autochtones dans la course…
Et là je pense…en dehors de la course, à toutes les histoires bizarres de cœurs et de désirs. On a l’impression de pécher en parlant de sa sexualité. Même ceux qui ont fait toutes leurs études à l’étranger. Tous sont pareils. D’abord ils s’intéressent à toi pour t’écraser, te baiser, te jeter.Sauf que lorsqu’ils réalisent que tu as dû faire pareil, ils se sentent vexés!
Là-bas.
C’est alors qu’ils te parlent de leurs sentiments pour toi, de leur attachement, de leur amour carrément …
Quelle hypocrisie et quel égoïsme !
Mais ça, ici comme là-bas, c’est pareil… et ce n’est pas pour si peu qu’on se décide de partir ou de rester.
Comme le fait que la vie des autres passionne alors qu’on semble indifférent à notre entourage le plus proche.
Ici, tu as des gens qui ont du mal à décrocher pour prendre des nouvelles de ceux qu’ils disent aimer. Ils en souffrent. Combien me le confient dans le bus ou dans le métro,à la croisée d’un regard. Mais ils restent derrière leur difficulté à exprimer des émotions, comme si, surtout, ils s’en méfiaient.
Là-bas, on bluffe, on invente, on rit, souvent on commence par imaginer tout ce qu’on ne peut pas posséder, et on finit, si on le désire avec assez de force, par posséder plus qu’on a imaginé.
Ça s’appelle autrement un grain de folie ! On n’est pas des logiciens, on n’est pas des cartésiens, on n’est pas des américains, nous. Est-ce que ce n’est pas insensé de rêver, à dix-sept ans, comme à huit ans ?
Ici,des malentendus entre générations poussés à l’extrême.La curiosité n’étonne pas, aucontraire. On vit dans un monde de riche bourgeoisie où divorces et adultères sont si fréquents qu’ils ne scandalisent plus personne.
Là-bas, une douce galère apprivoisée. Les causes de départ sont en même temps les raisons de rester, comment faire?
J’en ai marre !
Mais je ne saurais vraiment pas dire pourquoi.
BibishM LMumbu
Octobre 2011