A propos, en amont, en aval de (ou sans trop de rapport avec)"Jodi, toute la nuit", un roman de Didier de Lannoy
JODI, LE BROL
Le blog de Jodi ("Jodi le blog") est devenu, depuis janvier 2011, une lettre d'information: Jodi le brol*
Lettres d'information (soki News of the World... soki mabanga !)
Didier de Lannoy
2011
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Paul Van Ackere
retour de vacances dans le passé
nous invite à lire
Boum... Boum !
sa nouvelle du mois d'août
Je
- Après le Rap, le Jazz !
diffuse
Pour ceux
- Pour ceux qui aimaient "Pour ceux qui aiment le jazz" (une émission de Frank Ténot et Daniel Filipacchi, sur Europe n° 1), dans les années 1960, au début de la fin de la guerre d'Algérie, non ?
qui aiment le jazz...
Mais sans exclusive !
Et donc aussi pour ceux passent au JT de 13h, sur RTL (parce qu'ils sont les voisins de la victime ou de l'assassin, les épiciers de la rue du crime, le gérant de la station-service dont un client aurait eu une relation avec la victime ou le bedeau de la paroisse où l'assassin aimait se confesser), pour ceux qui ne savent pas faire le moonwalk en hiver, dans la boue, sous une pluie battante... et même pour ceux qui situent toujours Coupure à Liège et Roture à Gand...
Et à l'inverse
- Abolissons les genres et l'ordre... l'ordre de primogéniture, l'ordre alphabétique, l'ordre public et les bonnes moeurs, l'ordre de préséance, l'ordre de succession, l'ordre généalogique, l'ordre hiérarchique, l'ordre chronologique, l'ordre du jour, l'ordre établi, l'ordre naturel des choses, la priorité de droite et le sens de l'aiguille d'une montre, les règles grammaticales et le sens de l'histoire !
invitons ceux qui aiment le Jazz (et n'aiment pas les messes, surtout chantées, même en wallon) à (re)écouter la voix sublime d'Amel Mathlouthi (accompagnant Code Rouge dans "Horizon") en cliquant sur:
http://jodi.over-blog.net/article-rap-et-violences-urbaines-de-quoi-accuse-t-on-le-rap-de-refleter-d-exprimer-de-rendre-compte-81347817.html
ddl
alias Vié ba Diamba
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Boum… Boum !
Une nouvelle de Paul Van Ackere
Dans le couloir qui le menait à la salle d’opération, au grand étonnement de l’infirmière masquée qui poussait son lit muni de roulettes silencieuses, il se mit à chantonner le hit de John Lee Hooker : « Boom…Boom…Boom…Boom…gonna shoot you down get on your feet and get home with me… with you in my house… ».
L’homme qui sent sa mort imminente – c’est, du moins, ce qu’on dit – peut voir se dérouler le film de sa vie en…
*
* *
Et l’histoire de sa vie, on peut affirmer qu’elle a débuté lorsqu’il avait atteint l’âge de dix ans. Il était en colonie de vacances. La « Colonie du Jour » fondée par l’abbé Froidure avait pour objectif de réunir un maximum de gosses venant de ce qu’on appelait pudiquement les « bas quartiers » de Bruxelles – le bas de Forest, de Saint-Gilles et bien entendu les Marolles – pour les mener pendant les jours de grandes vacances au bon air de la commune de Rhodes-Saint-Genèse proche de la forêt de Soignes. Cette commune, du reste, aura plus tard, son heure de gloire car elle abrita la résidence du premier Président de l’Union européenne de l’Histoire. La plaine de jeux était située dans une grosse propriété où des militaires vainqueurs de la guerre qui venait de prendre fin, avaient construit des baraquements qui avaient servi un temps à enfermer des prisonniers en attente de leur libération ou de leur condamnation pour ceux qui avaient tué en ne respectant pas les lois de la guerre. Sur la porte du réfectoire subsistaient les traces d’une croix rouge. Le baraquement avait donc servi d’hôpital de fortune où des hommes, dans la fleur de l’âge, avaient souffert et, pour pas mal d’entre eux, exhalé leur dernier soupir. Il lui arrivait de temps à autre, lorsqu’il patientait dans la file avant de gagner les tables, de penser à tous les corps atteints par les balles « ennemies » ou perforés par les bombes à fragmentation qu’on leur avait envoyées tantôt en aveugle, tantôt avec l’intention précise de causer la mort. Comme Club Med, il y avait mieux, bien sûr ! Un jour que c’était l’heure de la sieste obligatoire, il s’était approché d’une balançoire lorsque le gardien-moniteur lui cria : « Eh, tu n’as pas lu l’affiche, la planche ne supporte que septante kilos et tu en pèses cent et deux ! Retourne au bac à sable ! » Des enfants se réveillèrent, se levèrent et se mirent à danser autour de lui en chantant : « Boum…Boum…Gros patapouf…Boum…Boum…Gros patapouf... ». Et cela fit bien rigoler le moniteur. On était, comme on l’a dit, au sortir d’une guerre qui avait plongé la population dans les affres de la famine et donc un gamin pesant cent kilos était une exception.
Et les années passèrent ainsi au rythme mille fois égrené de Boum…Boum...Gros patapouf…Gros plein de soupe… « Gros plein de soupe » était venu s’ajouter aux éternels quolibets car les enfants étaient arrivés à un âge qui leur permettait de lire les histoires d’un bête petit journaliste accompagné d’un petit chien au poil dur. Dans l’une d’elles où il était question d’un fétiche à l’oreille cassée, un gros monsieur se faisait interpeller par un perroquet qui lui criait « Gros plein de soupe !.. ». Généralement isolé à l’arrière de la classe car son imposante carrure aurait bouché la vue de ses condisciples, il arriva à l’âge de dix-sept ans, année où l’ambiance autour de sa personne, demeurée ridicule, ingrate et anormale, changea brusquement. Mais alors du tout au tout ! Une fois encore, des musiques nouvelles avaient traversé l’océan atlantique et, en quelques jours, avaient envahi le juke-box de tous les cafés, même les plus éloignés des villes : le Rock ‘n Roll ! Et il se fit que Boum Boum – appelons-le ainsi en souvenir de sa laborieuse prime jeunesse - ressemblait comme un frère à la plus grande vedette du R ’n R du moment. Les plus anciens d’entre nous se souviennent du gros Bill Haley qui, son légendaire accroche-cœur collé au milieu du front, popularisa « Razzle Dazzlle », « Rip it Up », « Hot Dog Buddy Buddy » et surtout « Rock Around the Clock ». Boum Boum qui suivait des cours de guitare à l’école de musique de son quartier, l’imita dans son coin. L’effet fut immédiat. Des dizaines de gamines à la limite de l’hystérie, s’agglutinèrent au pied de son micro, lançant des cris aigus et tordant leur mouchoir inondé de larmes. Les quolibets cessèrent. Sa popularité s’étendit bientôt au-delà de sa ville. Il se produisit dans le sud des Pays-Bas, en RFA et dans le nord de la France, entre Tourcoing et Lille. Il en avait fait son métier au grand désespoir de ses parents qui avaient toujours rêvé pour lui d’une brillante carrière de boucher-charcutier dans un des beaux quartiers d’Uccle.
Une nouvelle étape, dans son ascension vers la gloire, fut la désaffection du public à l’égard de son dieu, suivie de sa mort inopinée à l’âge de cinquante-six ans. Il mit du temps à s’en remettre et finalement se décida à perpétuer son souvenir. Malgré la concurrence qui, les dernières années, était devenue de plus en plus agressive, il parcourut le monde semant à tous vents les succès planétaires de son idole. Il avait même relancé la tyrolienne « country » par laquelle le gros Bill, enfant de la balle, avait, en 1946, entamé sa première tournée. A Cologne, il rencontra Elvis, le King, qui s’exclama en lui tapotant le ventre : « J’envie ton bide, c’est certain, il attire les filles ! Peut-être que j’y arriverai un jour ! ». Il devint l’ami de Fats Domino et passa « en américaine » dans ses tournées européennes. Il l’accompagna à Nashville où il eut l’occasion d’améliorer ses arpèges et accords. Il eut la bonne fortune d’y acheter une ancienne guitare acoustique « Gibson » qui sonnait comme un Stradivarius ! Le gros Domino l’invita dans son nouveau bungalow situé dans la banlieue de la Nouvelle-Orléans. Ils y passèrent de longues heures à boire du Bourbon-coca, à manger des beignets d’huîtres et des montagnes de crawfishs venus directement d’une petite ferme artisanale blottie au milieu des swamps du côté de Houma. A plus d’une reprise, il fut invité à participer au show de John Lee Hooker qui appréciait tout particulièrement la tonalité « heavy metal » de ses accompagnements. Il gagna beaucoup d’argent, s’acheta une Mercedes et un grand appartement dans un des beaux quartiers de Bruxelles. Son living offrait une vue splendide sur les jardins de l’Abbaye de la Cambre. Avec ce qui lui restait d’argent, il s’offrit une « Nana » de Niki de Saint Phalle, femme coloriée et plantureuse, en papier mâché qu’il plaça dans son living en face d’une photo géante de son idole. Ces deux bons vivants lançaient une note espiègle dans la pièce, contrastant comme un brutal rif de jazz manouche avec les bâtiments austères de l’abbaye. Il avait pour voisin un ancien ministre qui avait débuté sa carrière en fabriquant du boudin qu’à chaque Saint-Nicolas, il distribuait aux vieillards de sa ville sous la forme de boudins-compote.
Mais le bonheur ne dure jamais qu’un temps trop court. Le Rock ‘n Roll, façon Bill Haley, finit par totalement passer de mode. Des petits jeunes, sautillant comme des cabris, galvanisèrent les foules à tel point que les vieux rockers furent amenés à s’en aller sur la pointe des pieds. Seuls les Roling Stones parvinrent à maintenir la cadence face aux Everly Brothers et Paul Anka et toutes les autres rock stars, nouvelles étoiles filantes au firmament du music-hall. Il dut se résoudre à vendre son appartement au CEO d’une multinationale venu s’installer à Bruxelles, le nouveau paradis fiscal pour les citoyens fortunés du monde. Il revendit sa Mercedes et se procura une Berlingo d’occasion. Il limita ses tournées aux fancy fairs et aux foyers culturels du nord de la France un peu comme Yolande Moreau dans le film « Quand la mer monte », film splendide qui décrit si bien les artistes de seconde zone. Un jour, il éprouva de grosses difficultés à gravir les quelques marches devant le mener à la petite scène d’une arrière salle de café. Il alla consulter un médecin. Celui-ci lui tordit le pied, puis le genou et conclut d’une voix aigrelette et avec ce que Boum Boum interpréta comme un sourire sardonique : « C’est la hanche ! Il faudra changer la pièce ! »
Depuis quelque temps, ses prestations n’étaient plus mentionnées dans les pages culturelles des quotidiens. On finit par ne plus entendre parler de lui et encore moins de l’entendre chanter.
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…quelques secondes. L’infirmière masquée se pencha vers Boum Boum pour lui demander d’arrêter de chanter car ils allaient entrer dans la salle d’opération.
Paul Van Ackere
Août 2011.
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