A propos, en amont, en aval de (ou sans trop de rapport avec)"Jodi, toute la nuit", un roman de Didier de Lannoy
Jodi, le blog
Le blog de Jodi ("Jodi le blog") est devenu*, depuis janvier 2011... un « blog littéraire », peut-être ? Meuuuuuunon ! Omona wapi ? Une toute simple, très banale et sans prétention...
Lettre d'information
Soki News of the World ? Soki B.I., soki mabanga !
Didier de Lannoy
2012
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Il est temps de reprendre de le hauteur, de la distance...
et de donner la parole aux artistes, d'hier et d'aujourd'hui, toujours prophétiques, refusant l'inacceptable, avides de lendemains enchantés et qui veulent créer l'avenir
à deux grands poètes du Congo qui se sont toujours opposés à la dictature
Matala Mukadi Tshiakatumba
et Muepu Muamba
et à un cinéaste ...
qui a aussi de la plume et veut voir l'avenir du pays en bleu...
celui de la couleur du drapeau du Congo de Patrice-Emery Lumumba, au jour de son Indépendance...
celui des horizons qui s'ouvrent
Balufu Bakupa-Kanyinda
Je
Je n'ai pas sous la main, ici à Kinshasa, de texte de Matala Mukadi Tshiakatumba (dont l'oeuvre la plus connue, « Réveil dans un nid de flammes », un recueil de poèmes aujourd'hui introuvable, a paru chez Seghers en 1969) mais je voudrais quand même, en « prononçant son nom à haute voix », contribuer à le sortir de l'anonymat ou l'oubli...
Je diffuserai donc un excellent poème de « résistance » que Muepu Muamba, pourfendeur de « voyoucrates », vient de me renvoyer... poème déjà ancien mais toujours « en cours de validité », pour tous les temps et pour tous les lieux ...
et, de pirater (dans Afrique Rédaction) une communication du cinéaste Balufu Bakupa-Kanyinda
- Ya des droits ? Mafu ! Je sais qu'il ne m'en voudra pas ! Et si ça se trouve, la prochaine fois qu'on se rencontre, à Kinshasa ou ailleurs, je lui offre un verre ! Allez... même deux !
dans laquelle il adresse un message d'avenir à ses compatriotes... et ravive la mémoire de Matala Mukadi Tshiakatumba, longtemps persécuté par le régime de Mobutu... et mort dans la misère et l'oubli...
diffuse
ddl
alias Vié ba Diamba
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Un poème de Muepu Muamba
MARCESCENCE
Et quoi encore.
Siècle charlatan.
Somptueux mais tout de même aride Sahara du
coeur; moisi avant de mourir et qui contemple
vivant ses propres funérailles.
Et quoi encore.
Voici que l’on nous ressert, apprêtée au goût du
jour et bien remâchée, la saignée de la vieille
langue d’il y a mille années d’annoncée.
Et les Sarcophages explosent de partout de leur
belle Intelligence; Qui sied bien aux libertés
de lieux communs.
Et Vatican millénaire bastion où l’homme est
perpétuellement respecté dans sa dignité
en Christ;
par l’inquisition de doges pieux, avec leurs
cachots en plomb sanctifié.
Et Saint Petersbourg enfourchant de nouveau sept
cents chevaux libéraux, éclairés par le Droit canon
Et puis encore:
Emanation d’une Civilisation Prédatrice,
si faisandée;
Popes, Mollahs. Rabbins, Cardinaux d’Eminence.
Démocratiques, Libéralistes.
Leurs barbes flambant neuves comme Te Deum
d’action de grâce dans les cours de miracles;
pourvues des supermarchés du Seigneur, achalandés
d’eaux bénites, d’amulettes, de tables des Droits
de l’HOMME marchand, de livres de prière, de
neuvaines et leur féerique Banalité du BON.
Ainsi les peuples devenus souverains, depuis que les
dieux ont la tête entre les fesses,
sacrent-ils les héros du jour;
futurs petits césars.
Et se rangent, voûtés, en haies d’honneur, pour
applaudir librement
aux bas-côtés de l’HISTOIRE.
Amnésie. Marché aux puces de pollution de
l’esprit.
Et quoi encore.
Stalingrad balise de soixante dix sept formes de
torture assiégé par la terreur blanche comme la
virginité de la Sainte Mère.
Voile de privilèges.
Et comment encore.
Leningrad rêves de tant de damnés de la terre,
sanglots toujours dans la voix,
pétrifiés, à l’aurore du nouvel âge, sous la
botte géante du Tsar, petit père de peuples.
Et comment encore.
Un cadavre se meurt, secoué de borborygmes
et tout recommence:
Et voici les Eunuques de l’âme: Condors non de
code.
Stasis d’ici et d’ailleurs, qui sont les larbins
de surveillance, toujours occupés de nous monter
la garde et de nous ficher
électroniquement, au nom splendide de la Sainte
protection de nos chères Libertés
en danger d’utilisation.
Et
le mensonge de tout le monde démocratiquement
au nom de tout le monde
chasse avec frénésie
le mensonge de tout le monde totalitairement
au nom de tout le monde.
Comme le fut un octobre auparavant le mensonge
de tout le monde,
chrétiennement au nom de tout le monde.
Et les coups d’Etat bibliques des CIA,
ces Justiciers,
envoyés du Seigneur, contre Abenzers aux Guatemalas.
Droit intransigeant d’éthique.
Et puis après.
Marcescence.
Friponnerie. Liberté mcdonalisée, deux fois
congelée, surgelée.
Les temps du n’importe quoi, de barons voleurs.
De la vieille banalité neutre du Beau.
Et puis encore.
Le cannibalisme monétaire „d’Oeuf est mis“
va se recueillir au temple,
avant d’ordonner l’enterrement vivant des hommes
comme sacrifice à un Dieu Carnivore.
Et Alléluia pour ces murs qu’il érige le long de tous
les Mexiques affamés:
Nomenklatura de riches.
Et quoi encore.
Liberté du Cynisme.
De nouveau: il nous faut dire NON.
Plus haut que les hurlements assourdissants de
pédants; obèses dans la tête;
Qui se nourrissent de notre sève.
Marcescence.
Crépuscule d’un siècle escroc;
schizophrénique.
Et la stérilité de ses mains sur le sein basané de
la terre.
Un cadavre qui craque de partout, de sa peau
moisie, habillé de son propre deuil;
et l’on entend les accents homériques du vieux
choeur de larbins et de voix serves.
Culture autistique.
Francfort sur le Main, le 30 juillet 1991
Muepu Muamba
in Estuaires, Revue Culturelle,
Luxembourg, 39/1999
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Un texte de Bafufu Bakupa-Kanyinda
CONGO: 50 ANS APRES.
Chers Camarades, Chers compatriotes,
Voilà depuis 1885 que le Congo est en état de guerre. Durant ces longues décennies de violences et de maltraitances politiques, extérieures et internes, une part non négligeable de notre peuple n'a jamais baissé les bras dans sa résistance contre les oppressions de toutes sortes. Dans sa longue lutte pour la liberté et les droits humains, le peuple congolais a remporté des victoires, certes courtes, mais qui témoignent de sa grandeur et de son aspiration à une vie meilleure sur son sol. Dès ce 4 janvier 2009, l'histoire du Congo entre dans une période mémorielle qui nous commande de faire, avec lucidité et intelligence, le bilan de ces dernières cinquante années et d'établir enfin une vision corrective du demi-siècle à venir. Notre pays a besoin de l'Ecole - de l'Education au sens social et noble de la pédagogie collective. Il ne suffit pas d'être expert en quelconque science de l'esprit pour voir dans quel état lamentable se trouve le tissu humain du Congo !
Nous avons aujourd'hui un peuple, et surtout sa jeunesse, dont le niveau culturel général - culture populaire ou savante, est d'un niveau très bas. Le seuil de l'indignation morale a disparu, devant des actes inciviques qui feraient rougir ailleurs. Quand allons-nous nous soucier, primordialement, de l'état de l'être humain du Congo ? Ce n'est pas la route qui fait l'homme. Il est temps d'œuvrer à la reconstruction de la Congolaise et du Congolais. Comment ? Repensons l'Education. Dans celle-ci se trouvent tous les leviers qui forment le socle d'une société viable. Quelle est la place de la télévision, de la culture, du sport, de la santé, de l'hygiène publique et de l'église ?
L'Etre humain est la première richesse d'une nation. La qualité d'une population, comme ressource humaine fondamentale et "assemblée des actionnaires d'un bien commun", détermine le sens que nous accordons à notre place dans l'univers. Voici venu le temps d'affronter, en braves femmes et hommes, les vraies questions. Allons-nous être du camp de l'être ou de celui du paraître? Allons-nous embrasser le savoir ou jouir de l'avoir? Il est certain qu'un pays est fait de tout. Luambo Franco chantait : " Dans le champ de maïs, tout le monde porte la barbe ". Disons que cela appartient au passé, même si la majorité de notre peuple a été moulée dans le creuset aliénant du zaïrianisme. Maintenant, la grande oeuvre commande que chacun fasse mieux, avec ses qualités et ses dispositions propres. La confusion est-elle congolaise? À chacun son statut, à chacun son rôle.
"Gardez frères bien-aimés douces soeurs, ce pays qui court vers l'effroi abîme", avait prévenu, en 1969, le grand poète Tshiakatumba Matala Mukadi. Ne lui avions-nous pas répondu avec l'arrogance violente qui seyait à l'époque du mobutisme naissant? Mais le poète emblaveur avait renchéri, de son cri strident d'un oiseau qui déchire la nuit: "Si je trahis cette terre, terre congolaise, terre africaine, que la foudre et le feu pulvérisent mes os". Après une longue errance, d'exil en prison, Tshiakatumba Matala Mukadi (Réveil dans un nid de flammes, 1969), poète admiré à travers le monde, est mort, misérable et anonyme, dans le Congo de Kabila. Tshakatumba Matala Mukadi n'était pas un musicien du ndombolo. C'est un poète essentiel, vous dis-je.
Sortons le Congo de la " pensée zéro " : celle-ci qui uniformise tout et tout le monde ; celle qui dit Congo en pensant Zaïre ; celle qui confère au ministre et à son chauffeur le même rêve ; celle qui voit en tout homme un magouilleur et en toute femme une putain ; celle qui fait croire à l'ouvrier émigré de Londres qu'il pourrait accéder au sommet de l'Etat par un coup de chance; celle qui confond le bruit et le son, la parole et la voix. Allons de l'avant. Mais pour avancer, il faut établir la carte de la route déjà empruntée et celle de la route à faire. Voici venu le temps de fermer à jamais la " maison des lamentations ".
Mais posons-nous une question, juste une seule: que signifie le Congo? Il est vrai que pour faire "peuple", pour faire "nation", nous aurons besoin de répondre à cette question. Une année s'en va, une année vient. La misère du peuple congolais est en hausse sempiternelle à la bourse de la maltraitance politique. Il nous manque une Education. Celle de la responsabilité. Rome n'a pas été fait en un jour. Prenons notre courage à bras-le-corps. À chacun de faire son bilan : qu'avons-nous fait de nous-mêmes ? Qu'ai-je accompli pour mon pays, afin de mieux m'en revendiquer ? Nous parlons de la corruption. Mais que cela veut-il dire ? Le frère, le fils, la sœur, la mère ou la maîtresse du corrompu est tout aussi coupable. Regardons-nous bien en face. Vis-à-vis, disent les Kinois. Voyez Kinshasa!
Il y est bien rare d'y visiter une maison ou un commerce, où l'on trouverait une salle de toilettes aux normes de propreté universelle. Même au Palais du peuple où siège le Parlement, les toilettes sont sales! Faut-il pour cela attendre que le Chef de l'Etat se saisit de la question?
Une autre interrogation : parce que nous voulons " bâtir un pays plus beau qu'avant ", qui paie ses impôts au Congo ? Ne balayons plus en cachant la saleté sous le lit. Malheur à celui qui pisse contre le vent. Mais qu'est-ce qu'est le Congo? Pour être ensemble, il faut dégager une vision commune, de son passé et de son futur. Voici venu le temps des braves gens. Qu'avons-nous à léguer à ceux qui viendront après nous? Quelle signification allons-nous donner au cinquantenaire de notre indépendance? "À force de penser au Congo, je suis devenu un Congo bruissant de forêts et de fleuves où le fouet claque comme un grand étendard l'étendard du prophète où l'eau fait likouala-likouala où l'éclair de la colère lance sa hache verdâtre et force les sangliers de la putréfaction dans la belle orée violente des narines", nous lance Aimé Césaire (Cahier d'un retour au pays natal).
Il vient le temps d'inaugurer la " nouvelle conversation congolaise " basée sur l'Education, en nous dévêtissant des horribles oripeaux de l'irresponsabilité et de l'immaturité de ces cinquante derrière années. Une question demeure : c'est quoi le Congo et de quel pays rêvons-nous ?
Pour lire le texte sur Internet, cliquez, notamment,sur :
http://www.afriqueredaction.com/article--congo-50-ans-apres-par-balufu-bakupa-kanyinda-39885962.html
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http://jodi.over-blog.net/article-restez-bien--39731236.html(dernière dépêche, diffusée en novembre 2009,du blog de Jodi sous son ancienne forme)